L’envolée du prix des médicaments innovants ne cesse d’agiter les médias[1] et les gouvernants[2] des pays riches, mais l’indignation apparente de ces derniers ne constitue souvent qu’un rôle de composition, car ils disposent des moyens légaux d’y remédier rapidement, et ne s’en servent pas. Nous illustrerons successivement l’augmentation des prix des médicaments anciens et celle des médicaments innovants, avant d’évaluer leur utilité réelle pour les malades, et d’analyser les causes de cette dérive dans les pays riches.

Nous rappelerons ensuite les moyens, dont nos gouvernants disposent pour mettre fin à ces dérives qui menacent directement notre système de soins solidaire.

L’augmentation des prix des médicaments anciens

L’explosion des prix des médicaments ne se limite pas aux médicaments innovants. Elle a commencé aux USA où les laboratoires sont libres de leur prix de vente. Ainsi, le prix du Daraprim, traitement de la toxoplasmose utilisé depuis 1953, a été multiplié par 750, passant de 1 à 750 dollars alors que sa version générique coûte actuellement 10 centimes en Inde. Le prix de la Cycloserine, antibiotique lancée en 1955 par le laboratoire américain Lilly a flambé, passant de 500 à 10800 dollars pour une boîte de 30 comprimés. Il en est de même de l’Isuprel utilisé depuis les années 60 (+ 525 %), du Nitropress connu depuis 1928 (+ 212 %), de la doxycycline (vibramycine) connu depuis 1957 et vendue 1 849 dollars contre 20 dollars il y a deux ans… JC Saint Onge signale qu’Ovation avait fait la culbute de la même façon en 2003, lors de la reprise d’un traitement pour la porphyrie, maladie orpheline faisant passer le prix d’une dose de 230 $ à 1900 $. Au Royaume-Uni, selon une association, la WDSG-UK (Wilson Disease Support Group United Kingdom), en l’espace de trois ans, l’augmentation du prix de la Trientine® est de 600%, pouvant atteindre plus de 70 000 € par an.Le record est détenu par le Canada avec la multiplication par dix du prix du Mustargen (Actinomycine D) chimiothérapie mise sur le marché dans les années 60[3].

En France, c’est l’agence du médicament européenne qui autorise et impose la mise sur le marché. Mais c’est le CEPS (Comité économique des produits de santé ministériel ) qui fixe les prix des médicaments, ce qui peut éviter de telles dérives pour les médicaments anciens. On peut cependant s’étonner de la hausse de 1000% (de 10 à 100 euros) accordée à l’avastin[4] lorsque son usage a été étendu au traitement de la dégénérescence maculaire.

Cette explosion des prix s’observe donc pour des molécules très anciennes très largement amorties, sans aucune justification de frais de recherche ou d’innovation. Actuellement aux USA, les prix des médicaments représentent la première cause de faillite personnelle.

 

L’explosion des prix des médicaments innovants

Encouragées par l’absence de réactions à ces augmentations injustifiables, les firmes ont utilisé leur puissance financière pour obtenir des prix invraisemblables[5] pour leurs médicaments nouveaux. Un lobbying intense leur a permis de faire modifier la mission même des agences sanitaires. Alors que ces agences ont été créées pour protéger la population en vérifiant l’efficacité et la sûreté des médicaments avant leur mise sur le marché, il leur est maintenant demandé de « soutenir l’innovation ».

Cette décision politique explique l’acceptation de prix aberrants. En 2012 aux USA, sur 12 nouveaux médicaments autorisés, 11 coûtaient plus de 100.000 dollars par an[6]. En France, l’étude des trois cancers les plus fréquents (les cancers du poumon et de la prostate chez l’homme et le cancer du sein chez la femme) est tout aussi démonstrative. [7]

Alors que le traitement du cancer métastatique du poumon par chimiothérapie bi drogue (qui constitue le traitement de référence) revient à moins de 150 euros par mois, le traitement par l’Avastin® coûte près de 4000 € par mois, le Tarceva®2500€, le Nexavar® 3500, € l’Iressa®2250€, le Xalkori 5777€…

Alors que le traitement du cancer métastatique du sein par Tamoxifène (traitement médical aujourd’hui encore le plus efficace) coûte 70 € par mois et celui par chimiothérapie bi drogue de référence comportant de l’Adriamycine® moins de 100 €, le traitement par l’Avastin® revient à 4000 € par mois, l’herceptine® environ 3500€, l’Afitinor ®3500€ et le Tyverb® 1300 €.

Le traitement classique du cancer métastatique de la prostate par hormonothérapie revient à 70 euros mensuel, contre 3250 € pour le Xtandi, 4100 € pour le Jevtana et 3500 € pour le Zitiga.

Aucun nouveau traitement de cancer n’est épargné par cette folle inflation des prix ainsi : le mélanome (le Yervoy ® coûte 14 000 € toutes les 3 semaines !), le cancer du rein (Sutent : 5352 €, Votrient* : 3210 €, l’Inlyta* : 5053 €), le cancer de la thyroide (Caprelsa : 4582 €), les cancers ORL (Erbitux 3 439€), le cancer du colon (Stivarga : 4594€, Vectibix : 3300€), le Glivec 3500 à 7000 € euros par mois…

Cette folle augmentation du prix des traitements récents ne touche pas que les traitements des cancers. Ainsi le traitement d’un malade pour hépatite par le Solvadi coûte 41000 euros à la sécurité sociale, les biothérapies de la maladie rhumatoïde entraînent un surcout de   10000 à 12000 € euros par malade et par an[8] par rapport aux associations efficaces classiques, les traitements proposés pour la maladie de Alzheimer plus de 10000 euros par malade et par an, et le coût de la vaccination par gardasil atteint presque 100 fois celui du vaccin antitétanique..

Mais encore plus scandaleux que ces prix cent fois plus chers que l’or, c’est leur absence d’utilité pour les malades et leur toxicité fréquente. Non seulement ces traitements sont hors de prix mais ils sont le plus souvent inutiles et parfois très dangereux !

 

A SUIVRE …..

[1] Dominique Maraninchi Jean-Paul Vernant – le 14/03/2016 appel des 110

[2] François Hollande a préconisé une initiative sur le contrôle des prix des médicaments au G7 en mai 2016 et les candidats américains H Clinton et D Trump ont promis qu’ils allaient négocié…

[3] Alex Berenson A Cancer Drug’s Big Price Rise Is Cause for Concern New York Time 12 mars , 2006

[4] Le prix est passé de 10 à 100 euros !

[5] Les prix pratiqués sont fréquemment 150 fois plus chers que l’or

[6] The price of drugs for chronic myeloid leukemia (CML) is a reflection of the unsustainable prices of cancer drugs: from the perspective of a large group of CML experts Blood. 2013 May 30; 121(22): 4439–4442.

[7] In « cancer, les bonnes questions à poser à votre médecin » G et N Delépine éditions Michalon

[8] F Pesty06/09/2013 – Pour 12.000 euros de plus par patient et par an dans la polyarthrite rhumatoïde, les

biothérapies ne font pas mieux finalement que l’association bon marché de 2 vieilles molécules.